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Sauts de puce sur le CV : je mate ou je zappe ?

Cette semaine, j’ai choisi de vous parler des “sauts de puce“, comme on les appelle dans le jargon des recruteurs. A savoir ces expériences courtes et répétées sur le CV d’un.e candidat.e. Aujourd’hui, 43% des millennials (nés entre 1983 et 1994) envisagent de quitter leur entreprise dans les deux ans. Ce chiffre passe à 61% pour la génération Z (née après 1994) *. Recherche d’un meilleur équilibre de vie ou de perspectives d’évolution, cette tendance s’installe progressivement dans notre paysage professionnel. 

Alors comment réagir quand on est recruteur ? 

Les sauts de puce : nouvelle tendance

On parle de “sauts de puce“ sur un CV lorsqu’une personne présente plusieurs expériences de courte durée en entreprise (de la période d’essai à un an et demi d’ancienneté environ). De plus en plus fréquents, ces “sauts de puce“ ne sont pas forcément simples à gérer pour un recruteur.

Est-ce bon ou mauvais signe ? La personne est-elle instable ou tout simplement en quête d’évolution permanente ? Si je l’embauche, partira-t-elle au bout d’un an ? 

 

En menant mon enquête, j’ai remarqué que beaucoup d’études se sont penchées sur la question dernièrement. Résultat ? La génération Y considère une expérience professionnelle réussie au bout de deux ans environ dans l’entreprise. Et la tendance s’intensifie chez les actifs nés après 1994. Ce qui était loin d’être la norme il y a dix ans. Cela nous oblige à présent - en tant que recruteurs - à prendre en compte cette nouvelle tendance dans nos embauches.   

 

Soif d’évolution ou manque de fidélité ?

En réalité, il peut y avoir 1001 raisons de quitter rapidement son entreprise. On l’a d’ailleurs constaté ces derniers mois avec la crise sanitaire. Dernier arrivé, premier parti... La société peut aussi rencontrer des difficultés financières ou faire des erreurs de recrutement. De l’autre côté, un.e salarié.e en poste peut décider de quitter son entreprise pour un suivi de conjoint.e, une reconversion professionnelle, un problème de santé ou une mauvaise entente avec ses collègues, etc. Parmi ces exemples, cette personne n’a donc pas forcément “la bougeotte“. Et pourtant, elle héritera d’une courte expérience sur son CV qu’il faudra expliquer lors de ses prochains entretiens.

J’entends également beaucoup de nouvelles aspirations chez les candidat.e.s que je rencontre en entretien. Perspectives d’évolution, recherche de sens, d’équilibre vie pro/vie perso. Souvent, ils me disent “avoir fait le tour du poste“ au bout de deux ans. Cela peut s’entendre totalement. Il est donc important pour le recruteur de faire l’introspection de son entreprise. Pourra-t-il assurer le désir d’évolution de ses collaborateurs ?

Personnellement, je pense que cela dépend du métier et du profil que l’on a en face de soi. A certains postes, une personne pourra effectivement partir au bout de deux ans mais se sera donnée à fond pendant cette période. Tout le monde en aura ainsi bénéficié ! Il aurait alors été dommage de se priver de ses compétences. 

Dans d’autres cas, les “sauts de puce“ peuvent effectivement faire peur. Lorsqu’ils sont trop fréquents par exemple ou injustifiés. Mais aussi sur des postes clés ou des secteurs d’activités très techniques. On se pose alors des questions légitimes : pourquoi cette personne ne reste-elle pas en poste ? Est-elle instable ? Est-ce un manque de compétences ? A-t-elle des difficultés d’adaptation ? Puis-je prendre le risque de former cette personne, d’investir pour la voir s’éclipser au bout d’un an ? L’entreprise sera en droit d’être frileuse quant à son embauche.

A ce stade, le recruteur devra s’en remettre aux besoins précis du poste, à son expérience et à son ressenti. Difficile de juger uniquement sur un CV. Mieux vaut appeler la personne pour une pré-qualification téléphonique et lui poser toutes ces questions directement.

Les bonnes surprises, ça existe !

Et oui ! Vous pouvez avoir beaucoup de préjugés et finalement réaliser que vous avez fait le bon choix en pariant sur cette personne. De par ses expériences, votre nouvelle recrue s’adapte rapidement et s’investit à 100% dans son poste ! Ces candidat.e.s peuvent être une vraie richesse pour votre structure. Ils savent prendre le train en marche grâce à leur adaptabilité. Ils ont d’ailleurs connu plusieurs modes de management, de process, de stratégies, d’outils, etc. Ils ont accumulé beaucoup de savoir-faire et de bonnes pratiques qu’ils peuvent appliquer chez vous ! D’ailleurs, dans certains pays tels que le Canada, les profils atypiques et “multipotentialistes“* sont très bien acceptés en entreprise. Cette multiplication des expériences est perçue comme une marque de curiosité et non un frein. 

Peut-être n’auriez-vous d’ailleurs pas eu les mêmes résultats avec un candidat en poste depuis dix ou quinze ans dans la même entreprise. Je ne doute pas que ce deuxième type de profil soit rassurant et se retrouvera plus facilement en haut de la pile de CV. La personne a fait ses preuves dans une entreprise. Peut-être même a-t-elle gagné la confiance de sa direction et gravi les échelons. Ce qui laisse présager de belles perspectives pour votre structure ! Pour autant, ces profils peuvent avoir plus de mal à prendre de nouvelles marques et comparent plus facilement leur ancienne société avec la nouvelle.

 

Vous l’aurez compris, il n’y a pas de règle en ce qui concerne les “sauts de puce“ sur le CV. Selon le secteur d’activité, le poste visé et l’entreprise dans laquelle vous exercez, il s’agira soit d’un moteur ou d’un frein. Comparer les CV ne sera alors pas suffisant, il vous faudra rencontrer les candidat.e.s et discuter avec eux/elles afin de vous forger votre propre opinion. En écoutant leurs parcours, leurs aspirations, vous serez mieux disposé pour faire votre choix. Une courte expérience ou une rupture de période d’essai ne sont pas forcément synonymes d’échec. Peut-être avez-vous face à vous une personne qui a eu le courage de prendre des risques et de quitter des postes qui ne lui correspondaient pas. Préférant ainsi trouver LA bonne opportunité où elle pourra s’investir sur le long terme. Et qui sait, peut-être au sein de votre entreprise ! 

 

L’ arrivée sur le marché du travail des nouvelles générations plus libres, en quête de sens et d’évolution intensifie cette tendance des “sauts de puce“. Le schéma classique du collaborateur fidèle pendant 20 ans à son entreprise deviendra à son tour plus rare. Le candidat parfait n’existe pas, on le sait, mais cela n’empêche pas les belles surprises pour autant.

A nous recruteurs, donc, de nous adapter à cette nouvelle vision du travail !

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*Étude cabinet Deloitte - 2019

*Les profils atypiques, un véritable potentiel d’innovation